jeudi 10 mars 2011

Marc Dugain, L'insomnie des étoiles : joli, inutile...

En parlant de littérature de la Shoah, j'ai lu il y a quelques semaines le dernier roman de Marc Dugain, L'insomnie des étoiles.



Agréable à lire - surtout lors de longs aller-retour en transports entre Paris et Versailles, la nuit - mais ce n'est définitivement pas un chef d'oeuvre. A vrai dire, l'auteur a l'idée de situer son histoire quelques mois après la fin de la guerre, quand tout reste à reconstruire, quand l'Histoire reste à déméler.

Bien sûr, le livre a beaucoup plu aux critiques. Ca doit être à cause de son titre, joli, inutile.
Miser sur la poésie du titre, sans qu'il n'y ait le moindre sens, comme les Grands Rethoriqueurs,... c'est ça, la rentrée littéraire.

lundi 28 février 2011

Beijing

Départ pour Beijing H-20 : je croise les doigts pour dénicher quelques romans en français là-bas...

vendredi 18 février 2011

Où on va, Papa ? - Jean-Louis Fournier

Il y a quelques temps déjà que j'ai lu Où on va Papa ?, de Jean-Louis Fournier.
Comme je fais parfois, j'étais partie déjeuner dans un parc, avec à la main une soupe japonaise et un bouquin piqué au hasard dans la bibliothèque de beau-papa. Installée sur un banc, j'ai commencé à manger et à lire en même temps - et ce n'était pas facile.



D'ailleurs, ce n'est pas facile, aujourd'hui, de parler de ce court bouquin.
Bien sûr, on le sait, ce sont quelques réflexions d'un père de deux enfants handicapés ; bien sûr, on sait que ce n'est pas fait pour s'apitoyer, ni pour sensibiliser. On sait que c'est plein d'humour, que cela fait rire et pleurer en même temps. Mais il y a plus que ça, dans ce roman.

En écoutant Muray, j'avais ressenti un malaise assez proche de celui de Où on va Papa?. Celui qui dit : "jette à la poubelle ta manière de penser ; tu as tout faux". Et une fois que l'on a fait table rase de tout cela, ce n'est pas facile de commencer à penser avec plus bon sens.

Bien sûr, je n'avais pas de table à raser - j'étais sur un banc, dans un parc.
Donc, je me suis concentrée sur ce qui m'a le plus marquée chez Fournier - moi qui, pourtant, n'ai pas trop eu à subir les aléats de la vie. Ce sentiment de désarroi immense que l'on ressent devant un drame de la vie. Ce n'est pas que Jean-Louis Fournier se plaigne, mais il sussure au lecteur, petit à petit, sa tristesse de l'absurde, de l'inexpliquable. D'autant plus quant on en est responsable, quand on est le géniteur, sans en être coupable. En lisant Où on va, Papa?, j'ai eu le même rire jaune et les mêmes pleurs blancs que pendant Le Roi se Meurt, ou La Cantatrice Chauve : les rires et les pleurs que l'on explique pas, qui viennent directement de notre gène de l'humanité.

Du coup, je devrais avoir l'air trop sérieuse, sur ce banc, avec ma soupe et mon livre bleu. Alors un chien est arrivé, m'a sauté dessus, et j'ai renversé tout le contenu de mon bol sur mon pantalon, le liquide brûlant et les cubes de tofu. Là aussi, j'ai ri jaune. Mais je suppose qu'il y a plus grave que ça.

jeudi 17 février 2011

David Foenkinos, La Délicatesse : jubilatoire !

Ce matin, j'ai lu La Délicatesse, de David Foenkinos.
J'avais quelques courses à faire, et comme il faisait beau, j'ai décidé de m'offrir un Poche. J'ai mis longtemps à choisir. Je n'avais jamais entendu parler de David Foenkinos, je ne savais même pas qu'il était français ; ni même que La Délicatesse était en tête des ventes en ce moment. (Je l'ai su plus tard.)

C'est la quatrième de couverture m'a décidée. Elle commençait par :  
François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m'en vais. C'est la boisson la moins conviviale qui soit. Moi même, je venais de boire beaucoup de café, non décaféiné. J'ai commencé à le lire dans le métro.




Dès la première page, je me suis dit qu'il s'agissait d'un roman d'impression.

Le roman d'impression est généralement d'un livre étrange, plutôt réussi, qui ne supporte aucune pause, aucune distraction. On lui sacrifie (parfois volontiers, ou parfois rongé de remors) une après-midi qui aurait dû être constructive, ou bien une nuit entière de sommeil. C'est un livre qu'on lit si vite, pris d'une torpeur étrange, qu'on n'en retient pas les péripéties. Cela n'a pas d'importance, car c'est un livre dont on ne conserve qu'une impression, souvent très forte, comme un rêve. Et l'histoire pourrait n'être pas plus qu'une idée qui nous aurait traversé l'esprit, à l'instant.
Je crois que chacun a ses roman d'impression ; pour ma part, j'en ai beaucoup : Lorsque j'étais une oeuvre d'art, d'Eric Emmanuel Schmit, La possibilité d'une île, de notre crevette Houllebecq, Belle du Seigneur, d'Albert Cohen... Ou encore les Millenium, qui ne se lisent pas si rapidement qu'une nuit : j'avais dû, à l'époque, leur sacrifier plusieurs nuits blanches consécutives...

Donc, enivrée de café, étourdie par le métro, j'avance dans La Délicatesse.
La syntaxe est amusante, mais assez prévisible, et les artifices comiques sont gros. C'est un comble, l'écriture de Foenkinos manque par endroit de délicatesse... Mais l'histoire a un faux-air d'Une vie, de Maupassant - ce qui ne peut pas nuire. L'auteur analyse même plutôt bien les rapports homme-femme, l'équilibre si fragile, inexplicable, d'un jeune couple. Puis la mort du mari, la détresse sourde de la jeune femme. Jusque-là, c'est un roman d'impression, cela ne fait aucun doute.

Puis, discrètement, La Délicatesse glisse davantage vers Maupassant, Molière, Cohen, ces fins psychologues, ces grands portraitistes. C'est autour de la page 70 que je me suis aperçue que ce roman n'était pas un roman à impression, quand apparait Markus, cet énergumène incompréhensible, ce misanthrope amoureux. C'est à ce moment que Foenkinos devient vraiment intéressant dans sa description de l'être humain. Le ton glisse vers l'absurde, le grotesque côtoie la philosophie fine, avec humour. C'est à ce moment-là, je crois, que les grosses ficelles m'ont paru plus fines que ce dont elles avaient l'air. Et Markus, dans son égarement, mérite sincérement la citation surréaliste de Cioran que l'auteur lui accole : L'art d'aimer, c'est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d'une anémone. Ce n'est pas forcément de la grande littérature, mais... c'est jubilatoire.


 ***


Markus était repassé chez lui, et tournait en rond devant son armoire. Comment s'habiller quand on dîne avec Nathalie ? Il voulait se mettre sur son 31. Ce nombre même était trop petit pour elle. Il aurait voulu se mettre au moins sur son 47, ou sur son 112, ou alors son 387. Il s'étourdissait de chiffres pour oublier les questions majeures. Devait-il porter une cravate ? Il n'y avait personne pour l'aider. Il était seul au monde, et le monde était Nathalie. [...] Le mieux était peut-être d'annuler. Il était encore temps. Problème de force majeure. Oui, je suis désolé, Nathalie. J'aurais tellement aimé, vous le savez bien, mais bon, c'est juste qu'aujourd'hui maman est morte. Ah non, pas bon ça, trop violent. Et trop Camus, pas bon, le Camus pour annuler. Sartre, bien mieux. Je ne peux pas ce soir, vous comprenez, l'enfer c'est les autres. Une petite touche existentialiste dans la voix, ça passerait bien. Tout en divaguant, il se dit qu'elle avait dû elle aussi chercher des excuses pour annuler au dernier moment. Mais pour l'instant, toujours rien. Ils avaient rendez-vous dans une heure, et pas de message. Elle devait être en train de chercher, c'est sûr. Ou alors peut-être qu'elle avait un problème de batterie avec son téléphone, et que, du coup, elle était dans l'incapacité de la prévenir qu'elle avait un empêchement. Il continua à mouliner ainsi un moment, puis n'ayant pas de nouvelles, il sortit avec le sentiment d'avoir à accomplir une mission spatiale.
La Délicatesse, p.102.

La Délicatesse, David Foenkinos
(Gallimard) / Folio - 6,90€

jeudi 10 février 2011

Le Métronome, Lorant Deutsch : doux retour en enfance...

Cette fois-ci, c'était l'inverse : c'est ma soeur qui a offert un livre à son beau-frère, mon boyfriend. C'était le Métronome, de Lorant Deutch. Encore une fois, c'est moi qui l'ai lu.




Il faisait froid et soleil, et le boyfriend était au cimetière. Je me suis installée dans un café inconnu.
A la table d'à côté, Monsieur Marie, Dreyffus, se faisait démarcher par quelques jeunes gens, des would-be producteurs pour jouer un rôle secondaire dans un film où tout restait à faire. Il y avait aussi d'autres personnes, dont je n'ai pas compris l'importance.
En commandant un café, j'ai pensé à tout le mal que j'avais entendu de ce monsieur, le comédien, et j'ai commencé Le Métronome.

J'ai été surprise.
Il ne s'agit pas d'un collage d'anecdotes ; il ne s'agit pas, comme l'on pense, de raconter l'histoire du métro de Paris. C'est à la fois plus logique et moins facile que ça : Lorant Deutch a pris le parti de raconter l'histoire de France, à travers l'histoire de Paris, elle-même à travers le nom des stations de métro. Un sacré défi.

Et même moi qui connait assez bien l'histoire de France, et même moi, qui déteste lire l'histoire de France, ça m'a plu. Le début est assez long, sur les peuples inconnus et barbares qui nous ont précédés à l'endroit où se trouve Paris aujourd'hui. J'ai cru que j'allais abandonner ; mais un ami de M. Marie me regardait du coin de l'oeil, alors j'ai préféré garder les yeux sur mon bouquin... Et c'est vrai, peut-on, sans être insultant, résumer 2000 ans d'histoireen moins de 30 pages ?

Et puis, le livre commence vraiment : Clovis, Geneviève, le partage de la France entre 3 frères, les guerres, les Burgondes et les anglais...
Parenthèse cinéphile : Bien connaître l'histoire à cette période-là, ça aide pour comprendre cette fabuleuse collaboration européenne - mais pas française -, Jeanne la Papesse, disponible en DVD mais qui n'était jamais sorti au ciné dans nos contrées - à louer d'urgence.

Le Paris des années 800, 900, 1000, le Paris médiéval et catholique, les grands saints et les rois de droit divins. On rapprend avec plaisir les grandes lignes de l'histoire. On se rappelle nos cours de primaire ; on se souvient avoir appris la date du baptème de Clovis avec sa grand-mère, un soir d'automne ; on se souvient avoir admiré ces gentes dames qui portaient des voiles dorés... (Moi, j'avais de la chance, ma maman cousait des déguisements, et j'avais aussi un voile doré.)

 L'écriture y est douce, maline, malicieuse ; comme un conte pour enfants rembourré de contenu d'adultes. Lorant Deutsch nous transporte volontiers à travers le temps, au rythme des stations de métro, au rythme des ses envies. Et quel bonheur de lire la description d'un endroit que l'on aime dans Paris ! Les arènes de Lutèce, la Gare Montparnasse... Ce qu'il y a d'important dans ces petites anecdotes, ce n'est pas de les connaitre pour les raconter dans un dîner. Ce qu'il y a d'important, c'est de savoir d'où vient Paris, d'où viennent les Parisiens, et de se rappeler - chaque fois que l'on passe devant les ruines des arènes - que c'est grâce à Victor Hugo que cet endroit nous est parvenu. L'on pourrait presque dire : savoir d'où vient Paris, pour savoir où elle va. Mais ce serait pompeux.

Et puis Monsieur Marie parlait trop fort pour que mon voyage poétique, mon voyage dans le temps, dure trop longtemps. Son collègue s'est penché vers moi ; il voulait faire la conversation, parler de Lorant Deutsch, il m'a dit que c'était un ami à lui. Que Lorant était un des seuls comédiens vraiment sympathique, profondément gentil et cultivé. (Mon regard a discrètement glissé vers le gros monsieur qui beuglait : "Mais putain, c'est quoi, mon rôle, là, alors?") Je l'ai cru, parce que ce roman, ce Métronome, est un livre vraiment sympathique, profondément gentil et cultivé.

J'ai pensé à Lorant Deutsch en Mozart, hurlant sur la scène du théâtre de Paris, génial et grotesque, immensément talentueux, Lorant et Mozart, un peu fragiles, un peu géniaux. Mon compagnon de discussion m'a serré la main et est parti, ainsi que le troupeau de jeunes hommes. Je lui ai dit de remercier Lorant Deutsch, s'il avait l'occasion. J'ai fini mon quatrième café. Depuis, j'attends un autre jour froid et ensolleillé pour relire le Métronome.

Ou peut-être achèterai-je la version illustrée.

jeudi 27 janvier 2011

My Little Paris, le Paris (plus si) secret des parisiennes : un raté de plus...

Comme cela fait plusieurs fois que je vous parle de romans plutôt connus et plutôt réussis (dans ma tête, ça fait un peu : La Carte et le Territoire, enregistrer sous : grand public > réussite), j'ai décidé de passer à la catégorie : grand public > déception.



Pour Noël, la soeur du boyfriend m'a offert le livre issu du blog My Little Paris, le Paris secret des Parisiennes. Le livre était très attendu par les lecteurs du blog - paradoxalement... Avec sa rapide lecture, je ne me suis pas décidée à vous le déconseiller totalement : des pours, des contres... mais un arrière-goût de raté malgré tout.

(Pour :) Les dessins de Kanako Kuno sont vraiment jolis !

(Contre :) S'il faut dire que même ma tendre mère et même mon père (!!) lisent le blog, Mylittleparis.com, alors donc dire que c'est un Paris secret qu'on y présente, c'est certainement overrated.

(Pour :) Les bons plans sont de vrais bons plans, sympas et rigolo ; et l'écriture est tout à fait agréable, bien qu'un peu déjà-vue.

(Contre :) Ce livre rentre - de par son principe - dans la catégorie des livres à usage limité : un receuil d'adresses, aussi sympathiques soient-elles, n'est valable que dans la durée de vie de ces mêmes adresses. Surtout lorsqu'il s'agit d'adresses parisiennes.

(Pour :) Je reconnais que ce doit faire une bonne idée de cadeau de la part d'une belle-soeur à une jeune femme branchouille de mon acabit. Qu'elle lise le blog ou non.

(Contre :) Si tout le contenu est disponible sur le blog, avec un peu de bon sens, contentons-nous de laisser le blog au Net.


Donc, une conclusion en demi-teinte, avec avantages et inconvénients, mais des inconvénient plutôt pesants. S'il fallait le comparer à d'autres livres du même principe, j'avais préféré l'adapation bouquin de VDM, et énormément préféré le recueil de dessins de Margaut Montin, La Théorie de La Contorsion (article à venir !), tous les deux mieux adaptés au format bouquin.


My Little Paris, le Paris secret des parisiennes
14,95€ - Editions Chêne

lundi 24 janvier 2011

L'origine de la violence - Fabrice Humbert : Tuer l'ennui

Au moment de partir pour aller fêter le Nouvel An, je me suis arrêtée dans un Relay, m'acheter de quoi occuper les 6 heures de train à venir.
J'ai failli prendre un Mary Higging Clark. Et puis j'ai choisi L'Origine de la Violence, parce que c'était un Poche, et qu'il était moins cher.

J'ai bien fait. Fabrice Humbert, la crevette plébiscitée par les édudiants des Grandes Ecoles, avait aussi été pêché pour le Renaudot. Il est mignon avec ses cheveux blonds, il ressemble à un ami à moi, et dans ses interviews, il refuse de donner son âge.


L'Origine de la violence, c'est un jeune prof qui retrouve son grand-père, le sosie de son père, sur une photo, à Buchenwald, le camp de concentration. Et si j'avais su ça, j'aurais choisi autre chose pour tuer l'ennui ; ça n'est pas vraiment festif, et je déteste ce qu'on appelle "la littérature de la Shoah", je l'avoue.

Ici, comme beaucoup de critiques l'ont dit déjà, c'était étonnant de la part d'un jeune auteur de se lancer dans cette tranche délicate de la littérature qu'est "l'écriture de la Shoah".
Le politiquement incorrect n'y a pas sa place, ni vraiment le rire, ni la légèreté. La Mémoire est lourde, nécessaire, le recueillement prend le pas sur la réflexion - avez-vous remarqué combien les romans qui traitent de la Shoah se ressemblent ?
Et ça aurait pu être un roman comme les autres.



Ici, Fabrice Humbert désamorce ce malaise ; il l'exprime.
L'Origine de la violence respecte la Mémoire, se penche aussi sur la mort et la souffrance, l'incompréhension, la systématisation.
Mais surtout, Humbert raconte ce désarroi, ce paradoxe pour nos générations qui n'ont pas connu la guerre et les camps : cette violence historique, l'histoire de nos grands-parents, ce Mal, peut-on imaginer que nos vies quotidiennes en soient dépourvues ?
Que l'on puisse vivre en sachant, mais sans que cela n'y ait pas la moindre influence ?

Humbert se pose la question qui nous concerne aujourd'hui : où la violence des camps est-elle cachée dans ma vie ? Et le narrateur - sans nom, pour mieux nous impliquer - découvre avec soulagement l'histoire de son grand-père, mort à Buchenwald, parce que ce secret explique la violence qui l'habitait depuis toujours, sans qu'il sache pourquoi.

Ici, Fabrice Humbert puise dans l'histoire de l'Europe et dans les mythes anciens, dans la littérature, lui qui enseigne le français, pour comprendre la situation d'un homme, rongé par la culpabilité d'un évènement qu'il n'a pas vécu. Chacun d'entre nous pourrait être ce jeune prof, ni Allemand, ni Juif, si peu concerné par la Shoah, qui découvre son histoire sur une photo.

Dans sa forme, le roman de Fabrice Humbert ressemble à une autobiographie, une autofiction comme on dit. Une narration personnelle, une histoire subjective, avouément romancée ; L'Origine de la Violence a un faux air d'Un Secret - de grâce, le roman, pas l'adaptation - mais doublé d'idées vraies.
Pas vraiment léger mais pourtant distrayant, un côté rock'n'roll étonnant qui fait que Fabrice Humbert réussit à tuer l'ennui. Il réinvente "la littérature de la Shoah".

Par contre, il se lit en moins de 6h ; donc, à ma place, prenez aussi le Mary Higgins Clark.



L'Origine de la Violence - Fabrice Humbert
Le Livre de Poche
6,95€

samedi 22 janvier 2011

Maudit Karma, David Safier : De la relativité

Je suis tombée sur ce bouquin dans la bibliothèque de mon beau-père. Lui, il achète les livres et il en lit un peu - moi, je les lui emprunte, et je les lis.


Je cherchais donc quelque chose pour me changer les idées après L'Origine de la Violence, de Fabrice Humbert (article à venir !), qui était plutôt costaud. Maudit Karma, je l'ai choisi à cause de sa couverture jaune, et même malgré son titre. Parce que la dernière couverture jaune que j'avais lue, c'était Qui suis-je, et si je suis, combien ?, de Pretch, et c'était vraiment génial.

Mais j'aurais du me douter, à cause du titre, que ça serait moins philo. Ça n'a pas loupé. C'est bien ce qu'on appelle un bouquin de fille.

Agréable, distrayant, parfois même drôle.
Plein de bons sentiments, une fin heureuse et un portrait (plutôt flou) de la femme moderne.

Bref, il faudrait avoir déjà lu tous les chefs-d'œuvre de la littérature avant de pouvoir consacrer en toute conscience une demi-journée de son temps à la lecture de Maudit Karma.
Pour ceux et celles dont la conscience est aux Caraïbes, dans ce genre-là, Bridget Jones est plus drôle.
A sa décharge, on pourrait arguer que ce n'est que du français d'occasion, que c'est une traduction de l'allemand - mais la philosophie de Pretch aussi ! Donc, en fait, pas d'excuses.



Maudit Karma, David Safier
Presse de la Cité,
19,50€


Fabrice Luchini lit Muray, Théâtre de l'Atelier : Ite Missa Est

Je suis allée voir la semaine dernière Fabrice Luchini au Théâtre de l'Atelier.



C'est un joli théâtre, au pied de Montmartre, encore presque dans Pigalle. Il faisait soleil, et la place était remplie de dame entre deux âges un peu endimanchées. Un dimanche, 11h ; on aurait dit une sortie de messe.
Car je ne connaissais pas Philippe Muray - du moins, pas avant d'en avoir entendu par dans le numéro spécial du Figaro, à propos de Luchini ; et d'ailleurs, je n'aime pas trop Luchini non plus.

Et ici, je suis bien embêtée, pour écrire sur ce spectacle.
Effectivement, Muray dit la messe pour notre monde. C'est trop original, trop riche, trop contemporain pour être résumé en quelques lignes. Chaque phrase soulève des océans de réflexion, chaque mot est parfait et beau, et dérangeant. Lisez, relisez ce Tombeau pour une touriste innocente ; ou encore ce Sourire à visage humain, qui crucifie Ségolène Royal : s'en imprégner, c'est renoncer à la pensée inanimée, c'est penser plus, penser mieux.
C'est difficile, pourtant, car Muray, incarné par une grande poupée de chiffon, Luchini, crache littéralement sur tout ce que l'on connait, des habitudes les plus idiotes aux pensées bien-pensantes. Il dérange les esprits qui pensaient déranger.


Pourtant, ce qui m'a le plus frappée en regardant Luchini gesticuler sur scène, c'est un sentiment de solitude.
Cette solitude de Muray qui écrit seul, entouré de Christines Angots et Marcs Lévys, et de leurs lecteurs. Solitude du philosophe, du poète, dans un monde de faux-semblants et d'idéalistes, où tout doit être sympathique, où les adultes doivent être rassurés par la loi.
Solitude de Luchini qui joue de sa célébrité pour amener les foules à lire de la philosophie, qui fait rire pour essayer, peut-être, de commencer à faire penser. Et lorsqu'il mime, longuement, le père de famille sur sa trottinette, le regard se perd dans les rires : ça n'est pas encore aujourd'hui que l'on sera disciple de la pensée... Une sorte de Docteur Knock où nous sommes les malades.

Mais, aujourd'hui, Fabrice Luchini lit Muray est le plus gros spectacle à Paris..., alors, peut-être que la messe n'est pas encore dite. Peut-être que le travail de Luchini n'est pas vain.




vendredi 14 janvier 2011

La Carte et le Territoire - Michel Houellebecq : le sel de la littérature

Commençons par les gros poissons de l'année. Cette fois-ci, pour le Goncourt, c'est la crevette Houellebecq qui s'est fait pêcher.




J'ai lu La Carte et le Territoire dans un train, entre Cabourg et Paris, un retour de week-end. Il pleuvait et il faisait froid. Dans le wagon pour 6 personnes, un boyfriend occupé à rattraper son retard de boulot, deux enfants à claquer et deux parents satisfaits. Et les parents mangeaient des chips.

Le boyfriend s'était offert le roman à la gare ; c'est moi qui l'ai lu. Jusque là, j'avais lu du Houellebecq comme on dîne avec un ex : on pense que ça va aller, mais c'est toujours pire. Il fallait toujours quelques pages pour regretter d'avoir commencé le livre, sans pouvoir s'arrêter avant d'avoir envie de vomir.
Et puis, La Carte et le Territoire, c'était comme dîner avec le mec dont on voulait se séparer et se rendre compte que c'est l'homme de sa vie.

Pas de provoc. Pas de trash. Pas (trop) de dépression. Pas (trop) de critique sociale.
L'acidité traditionnelle de Houllebecq sans triple couche écoeurante. Seulement de la retenue, de la finesse. Un bijou d'équilibre, et même d'intelligence.

Michel Houellebecq comme personnage détestable du roman de Michel Houellebecq, personne ne l'avait osé. Des extraits entiers de Wikipédia comme fabuleux sous-titre naturaliste, dignes héritiers des longues descriptions scientifiques par Jules Verne. Et si Houellebecq jouait à l'OuLiPo ? Et si Houellebecq était en train de repenser la littérature ? Et si Houellebcq était un génie ?

Sans tomber amoureuse de la crevette, j'ai quand même été bien séduite. La Carte et le Territoire n'est finalement pas un ex comme les autres. Le titre, rien que ce titre, pourrait faire l'objet d'une copie double de dissertation. Je n'avais pas vu d'aussi beau titre depuis "La Guerre de Troie" n'aura pas lieu.

Malgré les deux braillards, malgré les parents qui mangent des chips dans le wagon étriqué, La Carte et le Territoire est une belle pincée de sel pour relever le goût de la littérature contemporaine ; et pour cela, la crevette a quand même bien mérité le gros lot.




La Carte et le Territoire - Michel Houellebecq
Flammarion - 3 septembre 2010.
22€.

jeudi 13 janvier 2011

On s'en fiche.

Quand j'avais 8 ans, je lisais beaucoup ; et mon père me forçait à écrire des fiches de lecture, pour que je me souvienne de toutes mes lectures.
Aujourd'hui, j'ai perdu mon classeur à fiches de lecture.

Aujourd'hui, c'est ma mauvaise mémoire qui me force à écrire des fiches de lecture. Alors, les partager, une idée...