jeudi 10 février 2011

Le Métronome, Lorant Deutsch : doux retour en enfance...

Cette fois-ci, c'était l'inverse : c'est ma soeur qui a offert un livre à son beau-frère, mon boyfriend. C'était le Métronome, de Lorant Deutch. Encore une fois, c'est moi qui l'ai lu.




Il faisait froid et soleil, et le boyfriend était au cimetière. Je me suis installée dans un café inconnu.
A la table d'à côté, Monsieur Marie, Dreyffus, se faisait démarcher par quelques jeunes gens, des would-be producteurs pour jouer un rôle secondaire dans un film où tout restait à faire. Il y avait aussi d'autres personnes, dont je n'ai pas compris l'importance.
En commandant un café, j'ai pensé à tout le mal que j'avais entendu de ce monsieur, le comédien, et j'ai commencé Le Métronome.

J'ai été surprise.
Il ne s'agit pas d'un collage d'anecdotes ; il ne s'agit pas, comme l'on pense, de raconter l'histoire du métro de Paris. C'est à la fois plus logique et moins facile que ça : Lorant Deutch a pris le parti de raconter l'histoire de France, à travers l'histoire de Paris, elle-même à travers le nom des stations de métro. Un sacré défi.

Et même moi qui connait assez bien l'histoire de France, et même moi, qui déteste lire l'histoire de France, ça m'a plu. Le début est assez long, sur les peuples inconnus et barbares qui nous ont précédés à l'endroit où se trouve Paris aujourd'hui. J'ai cru que j'allais abandonner ; mais un ami de M. Marie me regardait du coin de l'oeil, alors j'ai préféré garder les yeux sur mon bouquin... Et c'est vrai, peut-on, sans être insultant, résumer 2000 ans d'histoireen moins de 30 pages ?

Et puis, le livre commence vraiment : Clovis, Geneviève, le partage de la France entre 3 frères, les guerres, les Burgondes et les anglais...
Parenthèse cinéphile : Bien connaître l'histoire à cette période-là, ça aide pour comprendre cette fabuleuse collaboration européenne - mais pas française -, Jeanne la Papesse, disponible en DVD mais qui n'était jamais sorti au ciné dans nos contrées - à louer d'urgence.

Le Paris des années 800, 900, 1000, le Paris médiéval et catholique, les grands saints et les rois de droit divins. On rapprend avec plaisir les grandes lignes de l'histoire. On se rappelle nos cours de primaire ; on se souvient avoir appris la date du baptème de Clovis avec sa grand-mère, un soir d'automne ; on se souvient avoir admiré ces gentes dames qui portaient des voiles dorés... (Moi, j'avais de la chance, ma maman cousait des déguisements, et j'avais aussi un voile doré.)

 L'écriture y est douce, maline, malicieuse ; comme un conte pour enfants rembourré de contenu d'adultes. Lorant Deutsch nous transporte volontiers à travers le temps, au rythme des stations de métro, au rythme des ses envies. Et quel bonheur de lire la description d'un endroit que l'on aime dans Paris ! Les arènes de Lutèce, la Gare Montparnasse... Ce qu'il y a d'important dans ces petites anecdotes, ce n'est pas de les connaitre pour les raconter dans un dîner. Ce qu'il y a d'important, c'est de savoir d'où vient Paris, d'où viennent les Parisiens, et de se rappeler - chaque fois que l'on passe devant les ruines des arènes - que c'est grâce à Victor Hugo que cet endroit nous est parvenu. L'on pourrait presque dire : savoir d'où vient Paris, pour savoir où elle va. Mais ce serait pompeux.

Et puis Monsieur Marie parlait trop fort pour que mon voyage poétique, mon voyage dans le temps, dure trop longtemps. Son collègue s'est penché vers moi ; il voulait faire la conversation, parler de Lorant Deutsch, il m'a dit que c'était un ami à lui. Que Lorant était un des seuls comédiens vraiment sympathique, profondément gentil et cultivé. (Mon regard a discrètement glissé vers le gros monsieur qui beuglait : "Mais putain, c'est quoi, mon rôle, là, alors?") Je l'ai cru, parce que ce roman, ce Métronome, est un livre vraiment sympathique, profondément gentil et cultivé.

J'ai pensé à Lorant Deutsch en Mozart, hurlant sur la scène du théâtre de Paris, génial et grotesque, immensément talentueux, Lorant et Mozart, un peu fragiles, un peu géniaux. Mon compagnon de discussion m'a serré la main et est parti, ainsi que le troupeau de jeunes hommes. Je lui ai dit de remercier Lorant Deutsch, s'il avait l'occasion. J'ai fini mon quatrième café. Depuis, j'attends un autre jour froid et ensolleillé pour relire le Métronome.

Ou peut-être achèterai-je la version illustrée.

3 commentaires:

  1. Lorant Deutsh était également génial en JP Sartre accompagné, si mes neurones fonctionnent encore, d'Anna Mouglalis dans le rôle de Simone de Beauvoir.
    Il faut que je pique ce roman à belle maman, ça donne envie d'en savoir plus, surtout si ça parle d'histoire.
    Je vais finir par aimer les bars proches des cimetières moi...

    Roigoon

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  2. Tu voudrais bien arrêter de faire des critiques qui font envie ? Ou alors il va falloir que j'arrête de lire des blogs et que je me mette à louer les 150 films que je dois voir, et aussi lire les 12 000 livres que je dois lire.

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  3. Du coup j'ai commencé à le lire (j'approche de Hugues Capet), et certes c'est chouette, mais je trouve sa manière d'écrire extrêmement mal structurée.
    Il s'emmêle tout le temps entre la station de métro, l'époque actuelle, Haussmann, une époque lembda dans l'histoire et le fil rouge qu'il est en train de nous raconter.

    C'est tout de même sympa à lire, mais bizarrement je n'arrive pas à rentrer dedans. Il va falloir le finir vite et retourner aux joies des bijoux de la fantasy ...

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