Départ pour Beijing H-20 : je croise les doigts pour dénicher quelques romans en français là-bas...
lundi 28 février 2011
vendredi 18 février 2011
Où on va, Papa ? - Jean-Louis Fournier
Il y a quelques temps déjà que j'ai lu Où on va Papa ?, de Jean-Louis Fournier.
Comme je fais parfois, j'étais partie déjeuner dans un parc, avec à la main une soupe japonaise et un bouquin piqué au hasard dans la bibliothèque de beau-papa. Installée sur un banc, j'ai commencé à manger et à lire en même temps - et ce n'était pas facile.
D'ailleurs, ce n'est pas facile, aujourd'hui, de parler de ce court bouquin.
Bien sûr, on le sait, ce sont quelques réflexions d'un père de deux enfants handicapés ; bien sûr, on sait que ce n'est pas fait pour s'apitoyer, ni pour sensibiliser. On sait que c'est plein d'humour, que cela fait rire et pleurer en même temps. Mais il y a plus que ça, dans ce roman.
En écoutant Muray, j'avais ressenti un malaise assez proche de celui de Où on va Papa?. Celui qui dit : "jette à la poubelle ta manière de penser ; tu as tout faux". Et une fois que l'on a fait table rase de tout cela, ce n'est pas facile de commencer à penser avec plus bon sens.
Bien sûr, je n'avais pas de table à raser - j'étais sur un banc, dans un parc.
Donc, je me suis concentrée sur ce qui m'a le plus marquée chez Fournier - moi qui, pourtant, n'ai pas trop eu à subir les aléats de la vie. Ce sentiment de désarroi immense que l'on ressent devant un drame de la vie. Ce n'est pas que Jean-Louis Fournier se plaigne, mais il sussure au lecteur, petit à petit, sa tristesse de l'absurde, de l'inexpliquable. D'autant plus quant on en est responsable, quand on est le géniteur, sans en être coupable. En lisant Où on va, Papa?, j'ai eu le même rire jaune et les mêmes pleurs blancs que pendant Le Roi se Meurt, ou La Cantatrice Chauve : les rires et les pleurs que l'on explique pas, qui viennent directement de notre gène de l'humanité.
Du coup, je devrais avoir l'air trop sérieuse, sur ce banc, avec ma soupe et mon livre bleu. Alors un chien est arrivé, m'a sauté dessus, et j'ai renversé tout le contenu de mon bol sur mon pantalon, le liquide brûlant et les cubes de tofu. Là aussi, j'ai ri jaune. Mais je suppose qu'il y a plus grave que ça.
Comme je fais parfois, j'étais partie déjeuner dans un parc, avec à la main une soupe japonaise et un bouquin piqué au hasard dans la bibliothèque de beau-papa. Installée sur un banc, j'ai commencé à manger et à lire en même temps - et ce n'était pas facile.
D'ailleurs, ce n'est pas facile, aujourd'hui, de parler de ce court bouquin.
Bien sûr, on le sait, ce sont quelques réflexions d'un père de deux enfants handicapés ; bien sûr, on sait que ce n'est pas fait pour s'apitoyer, ni pour sensibiliser. On sait que c'est plein d'humour, que cela fait rire et pleurer en même temps. Mais il y a plus que ça, dans ce roman.
En écoutant Muray, j'avais ressenti un malaise assez proche de celui de Où on va Papa?. Celui qui dit : "jette à la poubelle ta manière de penser ; tu as tout faux". Et une fois que l'on a fait table rase de tout cela, ce n'est pas facile de commencer à penser avec plus bon sens.
Bien sûr, je n'avais pas de table à raser - j'étais sur un banc, dans un parc.
Donc, je me suis concentrée sur ce qui m'a le plus marquée chez Fournier - moi qui, pourtant, n'ai pas trop eu à subir les aléats de la vie. Ce sentiment de désarroi immense que l'on ressent devant un drame de la vie. Ce n'est pas que Jean-Louis Fournier se plaigne, mais il sussure au lecteur, petit à petit, sa tristesse de l'absurde, de l'inexpliquable. D'autant plus quant on en est responsable, quand on est le géniteur, sans en être coupable. En lisant Où on va, Papa?, j'ai eu le même rire jaune et les mêmes pleurs blancs que pendant Le Roi se Meurt, ou La Cantatrice Chauve : les rires et les pleurs que l'on explique pas, qui viennent directement de notre gène de l'humanité.
Du coup, je devrais avoir l'air trop sérieuse, sur ce banc, avec ma soupe et mon livre bleu. Alors un chien est arrivé, m'a sauté dessus, et j'ai renversé tout le contenu de mon bol sur mon pantalon, le liquide brûlant et les cubes de tofu. Là aussi, j'ai ri jaune. Mais je suppose qu'il y a plus grave que ça.
jeudi 17 février 2011
David Foenkinos, La Délicatesse : jubilatoire !
Ce matin, j'ai lu La Délicatesse, de David Foenkinos.
J'avais quelques courses à faire, et comme il faisait beau, j'ai décidé de m'offrir un Poche. J'ai mis longtemps à choisir. Je n'avais jamais entendu parler de David Foenkinos, je ne savais même pas qu'il était français ; ni même que La Délicatesse était en tête des ventes en ce moment. (Je l'ai su plus tard.)
C'est la quatrième de couverture m'a décidée. Elle commençait par :
François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m'en vais. C'est la boisson la moins conviviale qui soit. Moi même, je venais de boire beaucoup de café, non décaféiné. J'ai commencé à le lire dans le métro.
Dès la première page, je me suis dit qu'il s'agissait d'un roman d'impression.
Le roman d'impression est généralement d'un livre étrange, plutôt réussi, qui ne supporte aucune pause, aucune distraction. On lui sacrifie (parfois volontiers, ou parfois rongé de remors) une après-midi qui aurait dû être constructive, ou bien une nuit entière de sommeil. C'est un livre qu'on lit si vite, pris d'une torpeur étrange, qu'on n'en retient pas les péripéties. Cela n'a pas d'importance, car c'est un livre dont on ne conserve qu'une impression, souvent très forte, comme un rêve. Et l'histoire pourrait n'être pas plus qu'une idée qui nous aurait traversé l'esprit, à l'instant.
Je crois que chacun a ses roman d'impression ; pour ma part, j'en ai beaucoup : Lorsque j'étais une oeuvre d'art, d'Eric Emmanuel Schmit, La possibilité d'une île, de notre crevette Houllebecq, Belle du Seigneur, d'Albert Cohen... Ou encore les Millenium, qui ne se lisent pas si rapidement qu'une nuit : j'avais dû, à l'époque, leur sacrifier plusieurs nuits blanches consécutives...
Donc, enivrée de café, étourdie par le métro, j'avance dans La Délicatesse.
La syntaxe est amusante, mais assez prévisible, et les artifices comiques sont gros. C'est un comble, l'écriture de Foenkinos manque par endroit de délicatesse... Mais l'histoire a un faux-air d'Une vie, de Maupassant - ce qui ne peut pas nuire. L'auteur analyse même plutôt bien les rapports homme-femme, l'équilibre si fragile, inexplicable, d'un jeune couple. Puis la mort du mari, la détresse sourde de la jeune femme. Jusque-là, c'est un roman d'impression, cela ne fait aucun doute.
Puis, discrètement, La Délicatesse glisse davantage vers Maupassant, Molière, Cohen, ces fins psychologues, ces grands portraitistes. C'est autour de la page 70 que je me suis aperçue que ce roman n'était pas un roman à impression, quand apparait Markus, cet énergumène incompréhensible, ce misanthrope amoureux. C'est à ce moment que Foenkinos devient vraiment intéressant dans sa description de l'être humain. Le ton glisse vers l'absurde, le grotesque côtoie la philosophie fine, avec humour. C'est à ce moment-là, je crois, que les grosses ficelles m'ont paru plus fines que ce dont elles avaient l'air. Et Markus, dans son égarement, mérite sincérement la citation surréaliste de Cioran que l'auteur lui accole : L'art d'aimer, c'est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d'une anémone. Ce n'est pas forcément de la grande littérature, mais... c'est jubilatoire.
La Délicatesse, David Foenkinos
(Gallimard) / Folio - 6,90€
J'avais quelques courses à faire, et comme il faisait beau, j'ai décidé de m'offrir un Poche. J'ai mis longtemps à choisir. Je n'avais jamais entendu parler de David Foenkinos, je ne savais même pas qu'il était français ; ni même que La Délicatesse était en tête des ventes en ce moment. (Je l'ai su plus tard.)
C'est la quatrième de couverture m'a décidée. Elle commençait par :
François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m'en vais. C'est la boisson la moins conviviale qui soit. Moi même, je venais de boire beaucoup de café, non décaféiné. J'ai commencé à le lire dans le métro.
Dès la première page, je me suis dit qu'il s'agissait d'un roman d'impression.
Le roman d'impression est généralement d'un livre étrange, plutôt réussi, qui ne supporte aucune pause, aucune distraction. On lui sacrifie (parfois volontiers, ou parfois rongé de remors) une après-midi qui aurait dû être constructive, ou bien une nuit entière de sommeil. C'est un livre qu'on lit si vite, pris d'une torpeur étrange, qu'on n'en retient pas les péripéties. Cela n'a pas d'importance, car c'est un livre dont on ne conserve qu'une impression, souvent très forte, comme un rêve. Et l'histoire pourrait n'être pas plus qu'une idée qui nous aurait traversé l'esprit, à l'instant.
Je crois que chacun a ses roman d'impression ; pour ma part, j'en ai beaucoup : Lorsque j'étais une oeuvre d'art, d'Eric Emmanuel Schmit, La possibilité d'une île, de notre crevette Houllebecq, Belle du Seigneur, d'Albert Cohen... Ou encore les Millenium, qui ne se lisent pas si rapidement qu'une nuit : j'avais dû, à l'époque, leur sacrifier plusieurs nuits blanches consécutives...
Donc, enivrée de café, étourdie par le métro, j'avance dans La Délicatesse.
La syntaxe est amusante, mais assez prévisible, et les artifices comiques sont gros. C'est un comble, l'écriture de Foenkinos manque par endroit de délicatesse... Mais l'histoire a un faux-air d'Une vie, de Maupassant - ce qui ne peut pas nuire. L'auteur analyse même plutôt bien les rapports homme-femme, l'équilibre si fragile, inexplicable, d'un jeune couple. Puis la mort du mari, la détresse sourde de la jeune femme. Jusque-là, c'est un roman d'impression, cela ne fait aucun doute.
Puis, discrètement, La Délicatesse glisse davantage vers Maupassant, Molière, Cohen, ces fins psychologues, ces grands portraitistes. C'est autour de la page 70 que je me suis aperçue que ce roman n'était pas un roman à impression, quand apparait Markus, cet énergumène incompréhensible, ce misanthrope amoureux. C'est à ce moment que Foenkinos devient vraiment intéressant dans sa description de l'être humain. Le ton glisse vers l'absurde, le grotesque côtoie la philosophie fine, avec humour. C'est à ce moment-là, je crois, que les grosses ficelles m'ont paru plus fines que ce dont elles avaient l'air. Et Markus, dans son égarement, mérite sincérement la citation surréaliste de Cioran que l'auteur lui accole : L'art d'aimer, c'est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d'une anémone. Ce n'est pas forcément de la grande littérature, mais... c'est jubilatoire.
***
Markus était repassé chez lui, et tournait en rond devant son armoire. Comment s'habiller quand on dîne avec Nathalie ? Il voulait se mettre sur son 31. Ce nombre même était trop petit pour elle. Il aurait voulu se mettre au moins sur son 47, ou sur son 112, ou alors son 387. Il s'étourdissait de chiffres pour oublier les questions majeures. Devait-il porter une cravate ? Il n'y avait personne pour l'aider. Il était seul au monde, et le monde était Nathalie. [...] Le mieux était peut-être d'annuler. Il était encore temps. Problème de force majeure. Oui, je suis désolé, Nathalie. J'aurais tellement aimé, vous le savez bien, mais bon, c'est juste qu'aujourd'hui maman est morte. Ah non, pas bon ça, trop violent. Et trop Camus, pas bon, le Camus pour annuler. Sartre, bien mieux. Je ne peux pas ce soir, vous comprenez, l'enfer c'est les autres. Une petite touche existentialiste dans la voix, ça passerait bien. Tout en divaguant, il se dit qu'elle avait dû elle aussi chercher des excuses pour annuler au dernier moment. Mais pour l'instant, toujours rien. Ils avaient rendez-vous dans une heure, et pas de message. Elle devait être en train de chercher, c'est sûr. Ou alors peut-être qu'elle avait un problème de batterie avec son téléphone, et que, du coup, elle était dans l'incapacité de la prévenir qu'elle avait un empêchement. Il continua à mouliner ainsi un moment, puis n'ayant pas de nouvelles, il sortit avec le sentiment d'avoir à accomplir une mission spatiale.
La Délicatesse, p.102.
La Délicatesse, David Foenkinos
(Gallimard) / Folio - 6,90€
jeudi 10 février 2011
Le Métronome, Lorant Deutsch : doux retour en enfance...
Cette fois-ci, c'était l'inverse : c'est ma soeur qui a offert un livre à son beau-frère, mon boyfriend. C'était le Métronome, de Lorant Deutch. Encore une fois, c'est moi qui l'ai lu.
Il faisait froid et soleil, et le boyfriend était au cimetière. Je me suis installée dans un café inconnu.
A la table d'à côté, Monsieur Marie, Dreyffus, se faisait démarcher par quelques jeunes gens, des would-be producteurs pour jouer un rôle secondaire dans un film où tout restait à faire. Il y avait aussi d'autres personnes, dont je n'ai pas compris l'importance.
En commandant un café, j'ai pensé à tout le mal que j'avais entendu de ce monsieur, le comédien, et j'ai commencé Le Métronome.
J'ai été surprise.
Il ne s'agit pas d'un collage d'anecdotes ; il ne s'agit pas, comme l'on pense, de raconter l'histoire du métro de Paris. C'est à la fois plus logique et moins facile que ça : Lorant Deutch a pris le parti de raconter l'histoire de France, à travers l'histoire de Paris, elle-même à travers le nom des stations de métro. Un sacré défi.
Et même moi qui connait assez bien l'histoire de France, et même moi, qui déteste lire l'histoire de France, ça m'a plu. Le début est assez long, sur les peuples inconnus et barbares qui nous ont précédés à l'endroit où se trouve Paris aujourd'hui. J'ai cru que j'allais abandonner ; mais un ami de M. Marie me regardait du coin de l'oeil, alors j'ai préféré garder les yeux sur mon bouquin... Et c'est vrai, peut-on, sans être insultant, résumer 2000 ans d'histoireen moins de 30 pages ?
Et puis, le livre commence vraiment : Clovis, Geneviève, le partage de la France entre 3 frères, les guerres, les Burgondes et les anglais...
Parenthèse cinéphile : Bien connaître l'histoire à cette période-là, ça aide pour comprendre cette fabuleuse collaboration européenne - mais pas française -, Jeanne la Papesse, disponible en DVD mais qui n'était jamais sorti au ciné dans nos contrées - à louer d'urgence.
Le Paris des années 800, 900, 1000, le Paris médiéval et catholique, les grands saints et les rois de droit divins. On rapprend avec plaisir les grandes lignes de l'histoire. On se rappelle nos cours de primaire ; on se souvient avoir appris la date du baptème de Clovis avec sa grand-mère, un soir d'automne ; on se souvient avoir admiré ces gentes dames qui portaient des voiles dorés... (Moi, j'avais de la chance, ma maman cousait des déguisements, et j'avais aussi un voile doré.)
L'écriture y est douce, maline, malicieuse ; comme un conte pour enfants rembourré de contenu d'adultes. Lorant Deutsch nous transporte volontiers à travers le temps, au rythme des stations de métro, au rythme des ses envies. Et quel bonheur de lire la description d'un endroit que l'on aime dans Paris ! Les arènes de Lutèce, la Gare Montparnasse... Ce qu'il y a d'important dans ces petites anecdotes, ce n'est pas de les connaitre pour les raconter dans un dîner. Ce qu'il y a d'important, c'est de savoir d'où vient Paris, d'où viennent les Parisiens, et de se rappeler - chaque fois que l'on passe devant les ruines des arènes - que c'est grâce à Victor Hugo que cet endroit nous est parvenu. L'on pourrait presque dire : savoir d'où vient Paris, pour savoir où elle va. Mais ce serait pompeux.
Et puis Monsieur Marie parlait trop fort pour que mon voyage poétique, mon voyage dans le temps, dure trop longtemps. Son collègue s'est penché vers moi ; il voulait faire la conversation, parler de Lorant Deutsch, il m'a dit que c'était un ami à lui. Que Lorant était un des seuls comédiens vraiment sympathique, profondément gentil et cultivé. (Mon regard a discrètement glissé vers le gros monsieur qui beuglait : "Mais putain, c'est quoi, mon rôle, là, alors?") Je l'ai cru, parce que ce roman, ce Métronome, est un livre vraiment sympathique, profondément gentil et cultivé.
J'ai pensé à Lorant Deutsch en Mozart, hurlant sur la scène du théâtre de Paris, génial et grotesque, immensément talentueux, Lorant et Mozart, un peu fragiles, un peu géniaux. Mon compagnon de discussion m'a serré la main et est parti, ainsi que le troupeau de jeunes hommes. Je lui ai dit de remercier Lorant Deutsch, s'il avait l'occasion. J'ai fini mon quatrième café. Depuis, j'attends un autre jour froid et ensolleillé pour relire le Métronome.
Ou peut-être achèterai-je la version illustrée.
Il faisait froid et soleil, et le boyfriend était au cimetière. Je me suis installée dans un café inconnu.
A la table d'à côté, Monsieur Marie, Dreyffus, se faisait démarcher par quelques jeunes gens, des would-be producteurs pour jouer un rôle secondaire dans un film où tout restait à faire. Il y avait aussi d'autres personnes, dont je n'ai pas compris l'importance.
En commandant un café, j'ai pensé à tout le mal que j'avais entendu de ce monsieur, le comédien, et j'ai commencé Le Métronome.
J'ai été surprise.
Il ne s'agit pas d'un collage d'anecdotes ; il ne s'agit pas, comme l'on pense, de raconter l'histoire du métro de Paris. C'est à la fois plus logique et moins facile que ça : Lorant Deutch a pris le parti de raconter l'histoire de France, à travers l'histoire de Paris, elle-même à travers le nom des stations de métro. Un sacré défi.
Et même moi qui connait assez bien l'histoire de France, et même moi, qui déteste lire l'histoire de France, ça m'a plu. Le début est assez long, sur les peuples inconnus et barbares qui nous ont précédés à l'endroit où se trouve Paris aujourd'hui. J'ai cru que j'allais abandonner ; mais un ami de M. Marie me regardait du coin de l'oeil, alors j'ai préféré garder les yeux sur mon bouquin... Et c'est vrai, peut-on, sans être insultant, résumer 2000 ans d'histoireen moins de 30 pages ?
Et puis, le livre commence vraiment : Clovis, Geneviève, le partage de la France entre 3 frères, les guerres, les Burgondes et les anglais...
Parenthèse cinéphile : Bien connaître l'histoire à cette période-là, ça aide pour comprendre cette fabuleuse collaboration européenne - mais pas française -, Jeanne la Papesse, disponible en DVD mais qui n'était jamais sorti au ciné dans nos contrées - à louer d'urgence.
Le Paris des années 800, 900, 1000, le Paris médiéval et catholique, les grands saints et les rois de droit divins. On rapprend avec plaisir les grandes lignes de l'histoire. On se rappelle nos cours de primaire ; on se souvient avoir appris la date du baptème de Clovis avec sa grand-mère, un soir d'automne ; on se souvient avoir admiré ces gentes dames qui portaient des voiles dorés... (Moi, j'avais de la chance, ma maman cousait des déguisements, et j'avais aussi un voile doré.)
L'écriture y est douce, maline, malicieuse ; comme un conte pour enfants rembourré de contenu d'adultes. Lorant Deutsch nous transporte volontiers à travers le temps, au rythme des stations de métro, au rythme des ses envies. Et quel bonheur de lire la description d'un endroit que l'on aime dans Paris ! Les arènes de Lutèce, la Gare Montparnasse... Ce qu'il y a d'important dans ces petites anecdotes, ce n'est pas de les connaitre pour les raconter dans un dîner. Ce qu'il y a d'important, c'est de savoir d'où vient Paris, d'où viennent les Parisiens, et de se rappeler - chaque fois que l'on passe devant les ruines des arènes - que c'est grâce à Victor Hugo que cet endroit nous est parvenu. L'on pourrait presque dire : savoir d'où vient Paris, pour savoir où elle va. Mais ce serait pompeux.
Et puis Monsieur Marie parlait trop fort pour que mon voyage poétique, mon voyage dans le temps, dure trop longtemps. Son collègue s'est penché vers moi ; il voulait faire la conversation, parler de Lorant Deutsch, il m'a dit que c'était un ami à lui. Que Lorant était un des seuls comédiens vraiment sympathique, profondément gentil et cultivé. (Mon regard a discrètement glissé vers le gros monsieur qui beuglait : "Mais putain, c'est quoi, mon rôle, là, alors?") Je l'ai cru, parce que ce roman, ce Métronome, est un livre vraiment sympathique, profondément gentil et cultivé.
J'ai pensé à Lorant Deutsch en Mozart, hurlant sur la scène du théâtre de Paris, génial et grotesque, immensément talentueux, Lorant et Mozart, un peu fragiles, un peu géniaux. Mon compagnon de discussion m'a serré la main et est parti, ainsi que le troupeau de jeunes hommes. Je lui ai dit de remercier Lorant Deutsch, s'il avait l'occasion. J'ai fini mon quatrième café. Depuis, j'attends un autre jour froid et ensolleillé pour relire le Métronome.
Ou peut-être achèterai-je la version illustrée.
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