samedi 22 janvier 2011

Fabrice Luchini lit Muray, Théâtre de l'Atelier : Ite Missa Est

Je suis allée voir la semaine dernière Fabrice Luchini au Théâtre de l'Atelier.



C'est un joli théâtre, au pied de Montmartre, encore presque dans Pigalle. Il faisait soleil, et la place était remplie de dame entre deux âges un peu endimanchées. Un dimanche, 11h ; on aurait dit une sortie de messe.
Car je ne connaissais pas Philippe Muray - du moins, pas avant d'en avoir entendu par dans le numéro spécial du Figaro, à propos de Luchini ; et d'ailleurs, je n'aime pas trop Luchini non plus.

Et ici, je suis bien embêtée, pour écrire sur ce spectacle.
Effectivement, Muray dit la messe pour notre monde. C'est trop original, trop riche, trop contemporain pour être résumé en quelques lignes. Chaque phrase soulève des océans de réflexion, chaque mot est parfait et beau, et dérangeant. Lisez, relisez ce Tombeau pour une touriste innocente ; ou encore ce Sourire à visage humain, qui crucifie Ségolène Royal : s'en imprégner, c'est renoncer à la pensée inanimée, c'est penser plus, penser mieux.
C'est difficile, pourtant, car Muray, incarné par une grande poupée de chiffon, Luchini, crache littéralement sur tout ce que l'on connait, des habitudes les plus idiotes aux pensées bien-pensantes. Il dérange les esprits qui pensaient déranger.


Pourtant, ce qui m'a le plus frappée en regardant Luchini gesticuler sur scène, c'est un sentiment de solitude.
Cette solitude de Muray qui écrit seul, entouré de Christines Angots et Marcs Lévys, et de leurs lecteurs. Solitude du philosophe, du poète, dans un monde de faux-semblants et d'idéalistes, où tout doit être sympathique, où les adultes doivent être rassurés par la loi.
Solitude de Luchini qui joue de sa célébrité pour amener les foules à lire de la philosophie, qui fait rire pour essayer, peut-être, de commencer à faire penser. Et lorsqu'il mime, longuement, le père de famille sur sa trottinette, le regard se perd dans les rires : ça n'est pas encore aujourd'hui que l'on sera disciple de la pensée... Une sorte de Docteur Knock où nous sommes les malades.

Mais, aujourd'hui, Fabrice Luchini lit Muray est le plus gros spectacle à Paris..., alors, peut-être que la messe n'est pas encore dite. Peut-être que le travail de Luchini n'est pas vain.




1 commentaire:

  1. Heureusement que tu es là pour analyser cet extraordinaire spectacle avec des mots intelligents. "Penser plus, penser mieux". "Déranger les esprits qui pensaient déranger".

    Pour ma part j'en étais sortie avec ce grand sentiment d'agacement de savoir que j'allais certes me souvenir de cette soirée, des déambulateurs approbatifs et des conseillers petite enfance, mais que je n'arriverai plus à retrouver cette impression fabuleuse de voir le monde sous une toute autre lumière. Les mots de Murray, le génie de Lucchini sont des bijoux qu'il faut associer pour atteindre ça.

    Et en les regardant, il y a ce terrible petit côté tantalisant de se dire qu'ils voient le monde tel qu'il est, qu'ils nous le montrent, que c'est fantastique, mais que dès qu'on quittera la salle on ne le verra plus.

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