mardi 21 août 2012
La Métaphysique du Mou - Jean-Baptiste Botul : phénoménologie de l'humour
Le boyfriend est rentré du bureau et a posé sur la table un petit libre, La Métaphysique du Mou, aux éditions Mille et Une Nuits. Le livre est à peine plus grand que ma (petite) main, mais le contenu n'en a pas moins l'air sérieux.
Je l'ai ouvert ce matin. La préface raconte la vie du philosophe Jean-Baptiste Botul, vie comparable à celle de Kant en plus étonnant et plus français, ne serait-ce que parce qu'il s'agit d'un philosophe de "tradition orale", n'ayant jamais posé par écrit aucune de ses oeuvres. Je m'étonne et continue.
La Métaphysique du Mou explore donc le concept de mouité :
"D'une certaine manière, il entre dans les présupposés que le mou est un état corrompu du dur. Lequel est préférable - allez savoir pourquoi. L'ambition mécaniste spécule sur une perfection fonctionnelle du dur. Principe mâle ? Quoi qu'il en soit, tout objet dur semble posséder plus d'Être qu'une chose molle. Il se prête mieux au concept. Dans les morales antiques, mou et corrompu sont quasi synonymes. La vertu est rigide, le vice est mou. Le mou, cependant, autorise une appréhension plus subtile de la substance. Et il y a certainement autant d'Être dans un flanc aux oeufs que dans un os de poulet. Ou alors quoi ? Prenons en exemple le fromage : le caillé (ou la cancoillote) a-t-il moins d'Être que le comté (ou pour atteindre le meilleur degré de dureté, une très vieille mimolette) ? Rien n'est moins certain."
S'ensuit une longue réflexion sur les mous-durs et les mous-mous appliquée à une phénoménologie des fromages et des seins des femmes. Je ne cache pas que le doute s'est insinué dans mon esprit quant au sérieux de cette démarche métaphysique.
N'y tenant plus, je tape "Jean-Baptiste Botul" dans mon moteur de recherche.
Le doute avait raison : c'est un canular.
La lecture n'en est que plus divertissante. Les auteurs jouent magnifiquement au philosophe tourmenté ; et Jean-Baptiste Botul se met en tête de réinventer la valise à roulette. Ce projet l'obsède, ainsi que l'idée d'écrire une classification des mouités des seins féminins. L'ensemble est délirant et hilarant, on se croirait un Discours de la Méthode rédigé par Pangloss.
Profitant de leur canular jusqu'au bout, les auteurs refusent d'en admettre officiellement le subterfuge et publient depuis plusieurs années des textes issus de la pensée de Jean-Baptiste Botul, philosophe trop peu reconnu à leurs yeux. Parmi eux, Frédéric Pagès a fondé le NoDuBo, le Noyau Dur Botulien... parodie jubilatoire de nos amis de l'OuLiPo.
A ce jour, le spectral Botul est à l'origine d'oeuvres telles que La Vie Sexuelle d'Emmanuel Kant (!), Correspondance à moi-même, ou encore Landru, précurseur du Féminisme (!!!).
Je donne donc à La Métaphysique du Mou une place de choix dans ma bibliothèque, ravie d'avoir découvert que l'on peut, au XXIème siècle, se moquer de la philosophie avec autant de goût, de finesse et de sagesse.
mercredi 15 août 2012
La Règle de Quatre - Ian Caldwell, Dustin Tomason
Dans ma maison de vacances, on stocke de vieux bouquins, ceux qu'on ne veut ni vendre ni jeter, ni garder chez soi à Paris. De vieux Dan Brown écornés, des bouquins de brocantes un peu érotiques, des BDs dans d'autres langues...
J'étais partie en vacances avec un volume des Trônes de Fer, et aussi Le Cercle de la Croix (Iain Pears est plus connu pour son fabuleux Rêve de Scipion) prêté par un ami. Je lisais difficilement les deux - l'un en anglais médiéval, l'autre simplement barbant -, alternant, au soleil, à l'ombre.
Puis mon père a sorti ce pavé du placard, en grommelant que ça n'avait pas l'air bien mais bon, malgré les extraordinaires critiques de la quatrième de couverture. (Je prête habituellement peu attention à ces choses-là, mais tant d'éloges m'ont attiré l'oeil). Il l'a commencé ; et moi aussi.
A lui la découverte du livre, à lui la priorité : je ne le lisais que lorsque lui faisait autre chose, quelques pages à peine, avant qu'il ne demande "tu as vu La Règle de Quatre ?" et que je fasse mine de l'extraire de dessous un magazine ou un pull posé sur la table.
Le livre s'ouvre sur une longue présentation d'un groupe d'amis sur le point d'être diplômés de Princeton, et je me suis sans doute reconnue dans ces étudiants qui écrivent un mémoire avant de quitter leur école. Le mémoire en question porte sur un manuscrit ancien dont on n'a jamais su déchiffrer le secret... C'est là, donc, que l'histoire bon enfant se métamorphose en thriller ésotérique... malgré lui et malgré moi plutôt efficace.
Entrecoupé de vacances entre amis, logistique de groupe et siestes sur la plage, j'ai adhéré contre mon gré à cette narration à la Dan Brown, pas très bien traduite et aucunement plausible.
Au point de retrouver mes impressions irréelles du Da Vinci Code, à mi-chemin entre le sentiment révoltant d'être en train de se faire berner, et l'impatience passionnée du lecteur conquis.
Au cours des dernières pages, j'ai du admettre ouvertement mon intérêt pour ce livre - et refuser de le rendre à son lecteur légitime. Puis je l'ai reposé, déçue de la fin, et démunie devant l'évidence : je crois que j'ai une passion secrète pour les mauvais thrillers ésotériques.
J'étais partie en vacances avec un volume des Trônes de Fer, et aussi Le Cercle de la Croix (Iain Pears est plus connu pour son fabuleux Rêve de Scipion) prêté par un ami. Je lisais difficilement les deux - l'un en anglais médiéval, l'autre simplement barbant -, alternant, au soleil, à l'ombre.
Puis mon père a sorti ce pavé du placard, en grommelant que ça n'avait pas l'air bien mais bon, malgré les extraordinaires critiques de la quatrième de couverture. (Je prête habituellement peu attention à ces choses-là, mais tant d'éloges m'ont attiré l'oeil). Il l'a commencé ; et moi aussi.
A lui la découverte du livre, à lui la priorité : je ne le lisais que lorsque lui faisait autre chose, quelques pages à peine, avant qu'il ne demande "tu as vu La Règle de Quatre ?" et que je fasse mine de l'extraire de dessous un magazine ou un pull posé sur la table.
Le livre s'ouvre sur une longue présentation d'un groupe d'amis sur le point d'être diplômés de Princeton, et je me suis sans doute reconnue dans ces étudiants qui écrivent un mémoire avant de quitter leur école. Le mémoire en question porte sur un manuscrit ancien dont on n'a jamais su déchiffrer le secret... C'est là, donc, que l'histoire bon enfant se métamorphose en thriller ésotérique... malgré lui et malgré moi plutôt efficace.
Entrecoupé de vacances entre amis, logistique de groupe et siestes sur la plage, j'ai adhéré contre mon gré à cette narration à la Dan Brown, pas très bien traduite et aucunement plausible.
Au point de retrouver mes impressions irréelles du Da Vinci Code, à mi-chemin entre le sentiment révoltant d'être en train de se faire berner, et l'impatience passionnée du lecteur conquis.
Au cours des dernières pages, j'ai du admettre ouvertement mon intérêt pour ce livre - et refuser de le rendre à son lecteur légitime. Puis je l'ai reposé, déçue de la fin, et démunie devant l'évidence : je crois que j'ai une passion secrète pour les mauvais thrillers ésotériques.
Inscription à :
Commentaires (Atom)

