jeudi 28 juin 2012

Hors Champ - Sylvie Germain

S'il faut revenir sur les évènements marquants de l'année passée, je dois parler de Sylvie Germain.

Avant de partir pour Pékin, j'avais repris contact avec une vieille amie, qui écrivait une thèse sur une des seules auteurs contemporaines actuellement étudiées en Khâgne ; j'ai nommé Sylvie Germain. Elle m'en avait dit tout le mal qu'elle savait en dire, férocement ancrée devant un verre de Chilien. C'était le début et la fin de mon aventure avec Sylvie Germain.




Et quand je suis partie en Chine, j'avais emporté deux livres : Vendredi ou les limbes du Pacifique, du maître Tournier, et Les Fleurs du Mal. J'ai rapidement offert les Fleurs immarcessibles à un nouvel ami brésilien, et j'ai relu sans relâche mon Vendredi, jusqu'à dénicher une librairie française à Pékin.
Là-bas, Marc Lévy et Guillaume Musso faisaient la loi. En désespoir de cause, je fouille et déniche un exemple de Hors Champ. Je me laisse séduire par l'allusion cinématographique du titre.


Sous Pékin ensoleillé, je commence Hors Champ ; puis le soleil se couche et la France est loin. Le livre détaille la disparition d'un homme, physiquement, invisible. Sylvie Germain raconte l'infinie solitude de l'humain dépassé par ce qu'il croyait être tangible : lui-même. Nous buvons quelques verres, et je lis des extraits à des presque-francophones ; ils restent de marbre.
Je rentre à pied, et termine le livre en marchant. Hors Champ reste une impression étrange, dérangeante. Je l'ai offert à mon père, depuis, sans jamais l'avoir relu.


***

"Lui aussi est prisonnier, de partout, de nulle part, de rien. Séquestré dans l'invisible, dans l'oubli, il pense avec effroi qu'il aurait pu être jeté vif dans l'une de ces machines. Aurait-il enfin repris forme et consistance ? Il en doute. Il n'espère même pas que la mort lui rendra sa visibilité, l'absurdité toucherait à son comble, et au cynisme. Mais il n'a aucune envie de mourir."




Tendre est la nuit - F. Scott Fitzgerald

Voici une éternité.

Alors que la vie me force à rédiger de longs dossiers, je prends davantage de temps pour lire et pour écrire. Et certains des gros bouquins qui me sont passés entre les mains récemment se sont avérés être des chefs d'oeuvre.


J'avais (re)commencé ma quête littéraire en réclamant à mon entourage leur livre préféré. M'étaient tombés dessus La Conversation de Bolzano, étrange réinterprétation des aventures de Casanova, L'Ombre du Vent, majestueux thriller mystique, ou même les Mémoires d'Hadrienen Pléiade. Je portais les trois pavés dans mon sac, en toutes occasions, accompagnés des jolies Fleurs Bleues, dont je faisais une relecture appuyée et annotée.
Et l'on m'a tendu Tendre est la Nuit, directement sorti de la bibliothèque, dans une édition Poche ancienne, mais parfaitement neuve. J'ai vidé mon sac et je n'ai gardé que lui dans un petit sac, pour éviter les rayures de clés et les traces de crayon à yeux.

Fitzgerald y raconte l'histoire du couple. Les Diver sont le couple.
A travers les yeux de ceux qui les admirent et les envient, on vit ce couple étincelant - imparfait, pourtant, comme le sont les hommes, mais immortel. Même quand Fitzgerald joue aux grands secrets de famille, même s'il en fait un peu trop, l'histoire est trop humaine et m'emporte. J'enrage d'arriver à ma station et de devoir fermer le livre. 
Mais il ose s'attaquer au plus grand tabou de la littérature : la fin du couple mythifié, et sa lente dérive dans le quotidien, l'alcool et l'orgueil. C'est un Rébecca, chez du Maurier, où Rebecca ne meurt pas ; c'est un Anna Karénine où l'adultère ne devient jamais une évidence. C'est la vérité la plus difficile à supporter.


J'ai fini Tendre est la Nuit, et je l'ai rendu presque neuf. J'ai immédiatement commencé un autre livre, un mauvais cette fois-ci, parce qu'on ne peut pas lire des ches d'oeuvre tout le temps, c'est épuisant.